Besieged
Sarajevo, 1993
Quel est le vrai goût de l'horreur ? Les milliers de gens assiégés, affamés et bombardés pendant quatre ans me donnait un assez bon point de vue sur la très concrète abomination de l'Homme.
Quel est le véritable goût de l'horreur ? Des dizaines de milliers de personnes assiégées, affamées et bombardées pendant quatre ans offraient un point de vue privilégié pour contempler l'abomination bien concrète de l'humanité. En 1992, les Serbes avaient envahi la Yougoslavie pour prendre le contrôle de ce pays qui, jusque-là, était un patchwork de groupes ethniques divers. Ils ont baptisé cette opération « purification ethnique » et ont eu recours à des méthodes éprouvées : massacres de masse, viols systématiques et camps de torture. Pendant des mois, voire des années, nous savions tous que certains de nos voisins vivaient un véritable enfer. Pour certains d'entre nous, il était important d'agir d'une manière ou d'une autre en Bosnie, en particulier pendant le siège de Sarajevo. Je m'y suis rendu une première fois, non pas comme photojournaliste, mais comme citoyen concerné, cherchant un moyen de m'impliquer sur le long terme et d'agir avec le peuple bosnien plutôt que de parler de lui. Nous sommes donc revenus pour tourner un film de fiction avec les personnes rencontrées (voir le lien vers le film Elvis).
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What is the real taste of horror? Tens of thousands of people besieged, starved and shelled for four years was a pretty good vantage point for contemplating the very concrete abomination of man. In 1992, the Serbs had invaded Yugoslavia in order to take control of this country that had been, until then, a patchwork of different ethnic groups. They called that operation ethnic purification, and they used some of the well-proven methods: massive slaughters, systematic rapes and torture camps. For months and years, we all knew that some of our neighbours were in hell. For few of us, it was important to act in some way in Bosnia, particularly during the siege of Sarajevo.I went there a first time, not as a photojournalist, but as a concerned citizen, trying to find a way to be involved in the long term, and to do something with the Bosnian people rather than about them. So, we came back to shoot a fictional movie with the people we encountered (see the Elvis Film link below).