Humain après tout
New York, 2008
La version française est plus bas.
Who are these masked, contorted, swollen heads? Pagan gods born of forgotten myths, pitiful broken faces, casualties of a future genetic war, outsized children playing at scary faces? Is this mere entertainment, lacking any higher purpose? A mere exercise in visual depiction? Swinging between the false (rationalizing what you see), the fantastical (beyond the grasp of the rational) and the horrible (where any rationalizing is impossible), is it always about me? There’s a desire to not hide the artifice, to not be sophisticated. Having my family or my friends pose against the living room wall, between the sofa and the piano. I ask them to get undressed, then wear masks. Maybe this is what I do all the time, show myself, all the better to hide. Though of course masks also show many things. This reminds me of who killed God, according to Nietzsche. It was the ugliest man in the world, because he couldn’t stand to be looked at. And God saw everything. It’s a perfect metaphor for our own incompleteness, our inability to attain any perfection whatsoever. The gods of our time – stars who sell Chanel bags on bright screens – have smooth skin and we cannot compete with their eternal, lying beauty. We can only be ashamed of being so simply human. It makes our own humanity beast-like.
------------------------
Qui sont-elles ces têtes masquées, convulsives, tuméfiées? Des dieux païens issus de mythologies oubliées, de pitoyables gueules cassées victimes de la prochaine guerre génétique, de grands enfants jouant à se faire peur? Est-ce un amusement sans destination transcendantale? Un pur exercice d’articulation visuelle ?
Oscillation entre le faux (rationalisation de ce qui est vu), le fantastique (ce qui échappe au rationnel) et l’horrible (ce qui interdit toute rationalisation), s'agit-il de moi tout le temps ?
Il y a une volonté de ne pas cacher l’artifice, de ne pas être sophistiqué. Faire poser mes amis sur le mur du salon, entre le canapé et le piano. Je leur demande de se déshabiller, puis de se masquer. Peut être, c’est ce que je fais tout le temps, me dévoiler pour mieux me cacher. Mais bien sûr les masque sont aussi une révélation.
Je me rappelle qui a tué Dieu, selon Nietzsche. C’est l’homme le plus laid au monde, parce qu’il ne supportait pas d’être regardé. Et Dieu voyait tout.
C’est une parfaite métaphore pour notre incomplétude, notre impossibilité à atteindre une quelconque perfection.
Les dieux contemporains - les stars qui vendent les sacs Channel sur les écrans fluorescents - ont la peau lisse et nous ne pouvons rivaliser avec leur éternelle et mensongère santé. Nous ne pouvons qu’avoir honte d’être si simplement humain. Notre humanité en est bestiale.
Et puis, Adorno avait dit que la représentation ne serait jamais plus la même après la Shoa. Mais le massacre continue. Des enfants meurent pour que nous puissions faire tourner nos machines. L’homme est une bête pour l’homme.
Est-ce moi tout le temps ? Est-ce simplement l’expression de la conscience de ma propre tête réfléchissante ?
introduction
Home